Divergences, contradictions et confusion dans les rangs des milices du nord de la Syrie

Les divergences et les contradictions font rage entre les différentes milices qui combattent dans le nord syrien, sur fond de la position à prendre de l’ingérence turco-américaine dans le nord syrien.

Trois courants s’en dégagent.

Le premier soutient cette intervention et encourage les rebelles à la rallier. Il comprend la plupart des milices qui combattent dans le cadre de la cellule de MOK en Jordanie, dont al-Jabhat al-Shamiyyat, Bataillon al-Moatassem, Brigade Hamzé, et le bataillon-51. Le conseil syrien islamique qui est leur référence semble lui aussi opter pour ce choix. Pourtant, première contradiction, il avait expliqué dans un communiqué publié en 2014 que « la guerre contre le terrorisme est une guerre contre les Sunnites », en appelant à s’ériger contre « les récentes alliances occidentales ».

Sachant que l’autre conseil en action dans cette région, le Conseil religieux d’Alep fait quant à lui partie du deuxième groupe qui soutient l’ingérence turque mais refuse l’américaine. Dans un communiqué, il a mis en garde contre « toute infiltration des soldats américains dans la région du parrain (turc) de crainte qu’ils ne détournent la bataille (de son objectif) et ne suscitent la discorde ».

Ce deuxième groupe a demandé aux premiers, qu’ils qualifient « les factions du Pentagone » de se dissoudre, tout en promettant de faire régir la législation dans les régions concernées par les opérations turques.

Quant au troisième groupe, il compte dans ses rangs ceux qui s’opposent aux deux ingérences, turque et américaine, à l’instar de la branche d’Al-Qaïda en Syrie, le front al-Nosra (rebaptisé front Fateh al-Sham) qui a prohibé ouvertement de combattre sous la bannière de n’importe quel protagoniste régional ou même international dans la province d’Alep, que ce soit pour lui demander l’aide, ou même pour coordonner avec lui.

Alors que la plupart des milices rebelles ne voient aucun mal à combattre avec les Turcs, certaines semblent être embarrassées de combattre aux côtés des Américains.

Double langage et dissenssions

D’aucunes ne se ménagent de se ridiculiser par leur double langage. C’est le cas par exemple de la brigade Moetassem, qui prétend n’avoir aucun lien avec une partie étrangère, alors que son chef avait confié pour la Daily Beast que ses miliciens avaient été formés et entrainés par le Pentagone, la durée d’un an et demi.

Dès lors de nombreux mouvements de dissension ont été constatés, malgré les efforts monstres déployés pour les unifier.

Chez les Ahrar al-Sham, allié du front al-Nosra et qui s’est démarqué de lui en affichant sa volonté de combattre avec les Turcs, ce sont certains de ses religieux égyptiens qui l’ont quitté.

Il en est de même chez les milices « Brigades Achidda » et « Sokour al-Sham » qui a fait l’objet de nombreuses dissension.

De même se sont démarqués du groupe Jaïsh al-Islam au nord (pro saoudien), la 6ème brigade (Liwa6) et un prince religieux.

La milice Jaïsh al-Sunna a été le théâtre d’un coup d’état contre son commandant, le dénommé Amjad al-Bitar (qui avait fondé l’une des premières milices de l’ASL, Brigade al-Farouk islamiyyat).

Alors que dans les rangs du front al-Nosra, ce sont les religieux jordaniens qui continuent de faire défection, en raison de leurs divergences sur la nature de la position à adopter avec les groupes qui veulent combattre avec les Turcs.

Mais la dissension la plus importante est celle qui a eu lieu chez « l’Association des gens de la connaissance » sur laquelle dépendait le projet de fusion entre les différentes milices. Plusieurs de ses chefs l’ont abandonnée, car ils ont refusé les décrets qu’elle a promulgués concernant « la bataille de Jarablos » et qui avait interdit toute participation au combat sous la bannière turque. Dès lors, tout le projet d’unification est entièrement réduit en miettes.

Chez les pro US et pro turcs
Les coups de théâtre dans le camp pro américain ne manquent pas non plus : l’une de milices qui combattaient dans les rangs de la cellule MOK a décidé de la quitter et de rejoindre Jaïsh al-Fateh, la coalition dirigée par le front al-Nosra.
Au moment ou le mouvement Noureddine al-Zenki, est proche des Turcs a fait la même chose.

De même, la confusion règne sur l’identité du successeur du chef militaire du Jaïsh al-Fateh Abou Omar Sarakeb, qui a été tué depuis quelques semaines dans un raid dont l’origine est toujours inconnue.

D’aucuns indiquent que c’est le jordanien Abou Houssein, qui était le prince du front al-Nosra à Idleb, d’autres affirment qu’il s’agit de Abou Zoubeir al-Shami qui était membre du comité militaire du front al-Nosra et qui avait participé a l’offensive lancée pour briser le siège d’Alep et qui s’est soldée par un échec.

Traduit par la rédaction de notre site à partir du journal Assafir.