Bassil à Russia Today : Il y a un désaccord entre nous et Washington au sujet du Hezbollah

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Le président libanais Michel Aoun et le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil, à leur arrivée en Russie, le 25 mars 2019. Photo Dalati et Nohra.

“Nous voulons des relations stratégiques avec la Russie”, affirme le chef de la diplomatie libanaise qui accompagne le président libanais pour une visite de deux jours à Moscou.

Le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a affirmé dans une entrevue publiée lundi par Russia Today que le Liban était en désaccord avec les Etats-Unis qui considèrent que le Hezbollah est un groupe terroriste.

Lors de sa visite à Beyrouth, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a appelé vendredi le Liban à se démarquer des “sombres ambitions” de l’Iran et du Hezbollah. Financé et armé par Téhéran, la parti chiite est considéré par Washington comme une organisation “terroriste”.

“Les Américains nous demandent des choses que nous ne pouvons pas faire et au sujet desquelles nous ne sommes pas d’accord. Il y a un désaccord entre nous et Washington au sujet du Hezbollah, ils le considèrent comme un terroriste, alors que nous non”, a affirmé M. Bassil.

M. Bassil fait partie de la délégation qui accompagne le président libanais Michel Aoun lors de son voyage à Moscou. M. Aoun s’est envolé lundi matin pour la Russie pour une visite officielle de deux jours. Il doit s’entretenir avec son homologue russe Vladimir Poutine et d’autres officiels.

“Le Liban est un pays d’équilibres, il est dans son intérêt d’avoir des équilibres internes et externes. Il peut être un pays ouvert et tisser des relations tout en préservant sa spécificité, a ajouté le chef de la diplomatie. Nous sommes de ceux qui bâtissent des ponts et nous ne pouvons distinguer entre les catégories de notre peuple. Israël ne respecte pas les principes internationaux et les Etats-Unis soutiennent Israël malgré cela. Rien n’empêche toutes les parties libanaises de traiter avec le Hezbollah, car c’est une composante libanaise”, a-t-il ajouté.

Dimanche, des responsables du Hezbollah et du mouvement Amal ont critiqué les positions “belliqueuses” des Etats-Unis qui menacent, selon les deux partis chiites, la sécurité du Liban et de la région, en référence notamment au souhait exprimé par le président Donald Trump qui s’est dit favorable à la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Bahram Qassemi, a lui aussi dénoncé les propos tenus par le chef de la diplomatie américaine affirmant qu’elles étaient “insolentes“. “Comment le secrétaire d’État américain s’autorise-t-il, lors d’une visite au Liban, à faire des déclarations insolentes et des accusations absurdes contre une partie politique et légale importante dans ce pays et qui bénéficie d’un soutien considérable du peuple libanais et apporte une contribution majeure au gouvernement et au Parlement ” libanais, a-t-il affirmé.

M. Bassil a par ailleurs indiqué que “les Américains offrent des aides (au Liban) et elles ne les ont pas conditionnées”. “Si le contraire arrivait, (ses aides) ne seraient pas acceptées, a-t-il ajouté. Toute tentative de lier les aides à la naturalisation des réfugiés et des déplacés est (également) refusée”.

“Nous voulons des relations stratégiques avec la Russie, a affirmé M. Bassil. Je renouvelle mon appel en faveur d’une alliance entre des entreprises américaines et russes sur la question du gaz. Au niveau militaire, la Russie se trouve en Syrie et le Liban n’est pas en mesure d’acheter des armes. Si la Russie souhaite aider (le Liban), comme les Etats-Unis, nous n’avons pas d’objection tant qu’il s’agit d’une aide non conditionnée et nous sommes convaincus que la Russie ne demandera rien au Liban qui nuira à ses intérêts ” “Nous vivons sous pression et nous voulons empêcher des attaques d’Israël et assurer un équilibre”, a encore dit M. Bassil.