L’accord nucléaire iranien est dans l’intérêt des Etats-Unis, affirme Mattis

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L'accord nucléaire iranien est dans l'intérêt des Etats-Unis, a estimé mardi le ministre américain de la Défense Jim Mattis. Photo REUTERS/Aaron P. Bernstein

“Je pense qu’à l’heure actuelle, en l’absence d’indication contraire, c’est une chose que le président devrait envisager de garder”, a dit le ministre américain de la Défense Jim Mattis.
L’accord sur le nucléaire iranien est dans l’intérêt des Etats-Unis, a estimé mardi le ministre américain de la Défense Jim Mattis, laissant planer un peu plus le doute sur le sort de ce texte historique pourtant considéré comme un “embarras” par Donald Trump.

A un sénateur qui lui demandait de répondre par oui ou par non à la question “pensez-vous qu’il soit dans notre intérêt national à l’heure actuelle de rester dans l’accord”, M. Mattis a répondu: “Oui, sénateur. Je le pense”.
A une précédente question, il avait répondu plus vaguement: “Si nous pouvons confirmer que l’Iran respecte l’accord, si nous pouvons conclure que c’est dans notre intérêt, alors certainement nous devons le garder. Je pense qu’à l’heure actuelle, en l’absence d’indication contraire, c’est une chose que le président devrait envisager de garder”.
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L’accord a été conclu en 2015 par l’Iran avec les grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) pour garantir le caractère strictement pacifique et civil du programme nucléaire iranien, contre une levée progressive des sanctions.
Mais une loi oblige le président américain à dire au Congrès, tous les 90 jours, si l’Iran respecte l’accord et si la levée des sanctions est bien dans l’intérêt national des Etats-Unis. Il a jusqu’ici “certifié” l’accord mais a fait savoir que l’échéance cruciale serait la prochaine, le 15 octobre.

Or dans son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU en septembre, Donald Trump a eu des mots très durs contre ce texte, un “embarras” pour les Etats-Unis, “l’un des pires” jamais conclus par Washington. Il a alors même assuré avoir pris sa décision, sans la dévoiler.

Mais les messages adressés ces dernières semaines par son administration laissaient envisager une possible “non-certification”. Plusieurs hauts responsables américains, ainsi que des observateurs hostiles à l’accord de 2015, mettent en avant qu’une telle décision de ne pas le “certifier” ne signerait ni le retrait des Etats-Unis, ni la fin du pacte.

La loi donne en effet au Congrès, en cas de “non-certification”, 60 jours pour décider de réimposer ou non les sanctions levées depuis 2015. Un temps que Washington pourrait tenter de mettre à profit afin d’arracher à ses partenaires européens l’engagement de rouvrir des négociations avec Téhéran.

S’ouvrirait donc une phase à hauts risques: l’Iran pourrait considérer une non-certification comme une mise en cause de l’accord, et décider de son côté de reprendre ses activités nucléaires interdites. Et une réimposition des sanctions par le Congrès serait considérée, selon plusieurs diplomates européens, comme la fin politique du pacte.
D’autant que ni Téhéran ni les autres signataires ne veulent renégocier le texte, même si le président français Emmanuel Macron a récemment dit qu’on pouvait tenter d’y ajouter “deux ou trois piliers” pour trouver un compromis avec Donald Trump.

Les Américains contestent plusieurs points de l’accord, à commencer par le fait que certaines restrictions aux activités nucléaires iraniennes tombent progressivement à partir de 2025. Ils réclament aussi que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a certifié constamment que Téhéran tient ses engagements, mène des inspections plus poussées, étendues à plusieurs sites militaires.

Au-delà, les Etats-Unis considèrent que l’Iran viole l’esprit de l’accord en raison du développement parallèle de son programme balistique et de son rôle “déstabilisateur” au Moyen-Orient, notamment en Syrie, au Liban ou au Yémen