Signés Michel Abboud, deux bâtiments à Beyrouth couronnés Architizer A+

7
SHARE

Il fait partie de la jeune garde contemporaine qui monte en flèche. L’architecte trentenaire Michel Abboud plante une tour sous le ciel de Manhattan, décroche le prestigieux James Beard Award et remporte deux Architizer A+ pour ses réalisations au Liban.

Chaque architecte rêve de marquer la Pomme de sa patte. L’ambition de Michel Abboud, fondateur de l’agence SOMA basée à New York, a été doublement honorée : à ce jour, il est à la fois le seul Libanais et le plus jeune architecte « dans l’histoire de NY » à réaliser une tour, à proximité du World Trade Center : la 45 Park Place. Il assure faire partie d’une élite de cent architectes qui construisent dans cette partie de la ville. Il est également l’unique Libanais à avoir reçu le prestigieux prix James Beard Award 2015, pour le plus beau restaurant aux États-Unis, The Workshop Kitchen Bar, réalisé à Palm Springs, en Californie. En 2016 et 2017, viennent s’ajouter deux Architizer A+ Award attribués à deux projets conçus à Beyrouth : le showroom d’Unilux, dans la catégorie meilleur design ; et un Award pour le Wave, le premier immeuble conçu en utilisant les dernières avancées technologiques pour le design paramétrique de sa façade à double peau. Le résultat a laissé émerger un élément sculptural sur le site. Signalons qu’Architizer A+ Award est une des compétitions les plus importantes au monde dans le domaine de l’architecture. Les candidatures sont évaluées par un jury de plus de 400 professionnels, architectes, designers, éditeurs, promoteurs immobiliers et industriels de la haute technologie.

Michel Abboud est devenu célèbre instantanément en 2010, quand l’Égypto-Américain Sharif el-Gamal, fondateur de SoHo Properties, entreprise d’investissements immobiliers à New York, lui confie la conception de la mosquée Ground Zero, ainsi appelée en raison de sa proximité des tours du World Trade Center, détruites lors des attentats du 11 septembre 2001. La mission a suscité une controverse sur la scène politico-médiatique du pays. Considérant que bâtir un lieu de culte musulman sur un site rayé de la carte par un acte terroriste fomenté par des islamistes est « une insulte à la mémoire des victimes », les opposants mènent une campagne de propagande islamophobe virulente contre le projet. Les partisans du projet, dont le président démocrate Barack Obama et le maire de New York Michael Bloomberg, prennent position en mettant en avant la liberté religieuse, pilier des valeurs américaines.

En fait, le programme qui a obtenu l’autorisation de l’urbanisme ne ressemble en rien à une mosquée. C’est une version musulmane de la YMCA (mouvement de jeunesse chrétien), « un centre culturel et sportif, qui n’a ni minaret, ni salles d’ablution, ni aucune caractéristique d’une mosquée. Seulement 10 % de la surface du plancher étaient prévus comme espace de prière », indique l’architecte Abboud. Toutefois, suite à la controverse, de nombreux investisseurs musulmans se sont rétractés. La collecte des fonds nécessaires à la construction n’a pu être menée jusqu’au bout et la mosquée est restée à l’état de plans papier. Sharif el-Gamal abandonne donc le projet et charge Abboud de construire la tour 45 Park Place sur le même lot. Un bâtiment luxueux de 220 mètres de haut, offrant des appartements à typologie loft, avec une hauteur sous-plafond de plus de cinq mètres; des plans d’étage ouverts et des fenêtres du sol au plafond donnent lieu à des vues panoramiques sur le Lower Manhattan et Tribecca. Au pied de la tour se dressera un centre d’art islamique dessiné par Jean Nouvel. Toujours en cours de construction, la tour 45 Park Place est largement couverte par la presse, en particulier le Washington Post, The Guardian, Architects News Paper, The Wall street Journal, The Observer, ainsi que dans les magazines, comme Architectural Digest, Curve, Bespoke. Elle est signalée dans le Guide to Contemporary New York City Architecture, et dans la publication de Yale Art History in the wake of the global turn (L’histoire de l’art dans le sillage du tournant mondial).

Dubaï délire
Mais le « plus gros projet en taille et en recherche » de Michel Abboud reste à Dubaï. Une ville où rien n’est jamais trop beau, ni trop haut. Face à des stars architectes, dont le célèbre Rem Koolhaas, il remporte le concours international lancé par le groupe immobilier Omniyat, pour concevoir The One, dans l’île Palm al-Jumeira. C’est « la construction la plus luxueuse, la plus chère et la plus grandiose, dans ses fonctions, ses services et ses espaces », indique l’architecte. « Cent mille mètres carrés sur une seule structure, avec des façades de dix mille mètres carrés chacune ; 100 mètres de haut, 100 mètres de large et 25 mètres de profondeur. Un mastodonte qui à l’instar de l’hôtel Bourj al-Arab sera proclamé 7 étoiles », dit-il. Conçu sur trois noyaux distincts, le One regroupe 100 résidences « haute couture » et à typologie variée. Chaque unité a son jardin et sa piscine (proportionnelle à la taille de l’appartement). Les étages supérieurs sont des penthouses, avec leur jardin de 200 mètres carrés et une piscine olympique, ainsi qu’une piste d’atterrissage pour hélicoptère à leur porte ! Le complexe offre également un centre aquatique et de loisirs, ainsi qu’une marina. Le coût du programme s’élève à 2 milliards 700 millions de dollars. À Dubaï, pour le même promoteur, Abboud avait dessiné l’hôtel Langham Place, situé dans le quartier des affaires, Business Bay. Il est également l’architecte du Shaza Kempinski Hotel à Doha, du Yacht Club à Baku, du 560 7th Hotel et 322 Lafayette Hotel, à New York.

Bourré de talent, il réalise des bâtiments aussi innovants qu’ambitieux, mais s’intéresse aussi à de plus petits chantiers tel Calypso, à Jounieh, dont il est particulièrement fier. Cette spectaculaire villa, aux fondations installées littéralement dans la mer, est construite entièrement en verre qui lui donne son esthétique brutaliste si singulière. Soumise en hiver à des vagues de six mètres, plus précisément de trois tonnes par mètre carré et par vague, l’architecte fait réaliser un verre spécial de 18 tonnes par mètre linéaire. Ces baies vitrées constituent aujourd’hui une enveloppe remarquable, qui permet d’encaisser tous les flots de la Méditerranée !
Cette étoile montante de l’architecture internationale, et source de grande fierté pour son pays, caresse depuis longtemps le rêve de laisser sa marque sur le Dôme du centre-ville.