Aoun en Arabie, une visite en tout point réussie

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Même si elle n’a pas débouché sur des décisions précises ou sur la signature d’accords, la visite du président Michel Aoun en Arabie saoudite, où il a eu hier un entretien avec le roi Salmane ben Abdel Aziz, reste en tout point positive.

Il est vrai que les dirigeants saoudiens se sont gardés de donner, du moins publiquement, la moindre indication sur le sort du don de trois milliards de dollars qui était supposé financer l’achat d’armes et d’équipements français à l’armée libanaise et aux forces de sécurité, et qui avait été gelé il y a près d’un an sur fond de tensions diplomatiques. Ils ont néanmoins multiplié à diverses occasions leur soutien aux forces de l’ordre dans leur lutte contre le terrorisme, ainsi que leur attachement à la consolidation des relations « historiques » avec le Liban.

Au niveau politique, la visite du chef de l’État a été un succès, selon les premières indications obtenues, dans la mesure où elle a permis de dissiper les rancœurs et les tensions accumulées entre Beyrouth et Riyad depuis que le Hezbollah s’est engagé militairement en Syrie et a décidé par la même occasion de mener une guerre politique contre le royaume wahhabite qu’il accuse de financer et de soutenir les groupuscules jihadistes. Cette campagne avait entraîné, comme on le sait, une détérioration des relations libano-saoudiennes qui avait culminé avec le départ de l’ambassadeur d’Arabie, l’interdiction faite aux ressortissants saoudiens de se rendre au Liban et le gel du don de trois milliards.

La visite a donc constitué un premier pas vers la normalisation des relations du Liban avec les pays du Golfe et donné lieu à des déclarations d’intention, qui devraient se concrétiser sous l’impulsion du roi Salmane. Ce dernier a donné des instructions précises à ses collaborateurs pour « examiner et assurer le suivi des sujets soulevés par le président Aoun aux plans économique, militaire, touristique et de sécurité », demandé aux ministres saoudiens « d’échanger des visites avec leurs homologues libanais » et encouragé ses compatriotes « qui ont une affection particulière pour le Liban à y retourner ».

Le général Aoun avait expressément demandé au souverain wahhabite de continuer à soutenir les forces militaires et de relever de nouveau la représentation diplomatique saoudienne au Liban au niveau d’ambassadeur, Riyad s’étant contenté de maintenir un chargé d’affaires, Walid al-Boukhari, à Beyrouth, après avoir rappelé son ambassadeur, Ali Awad Assiri.

« Une nouvelle page »

Le chef de l’État, qui a invité le roi Salmane au Liban, considère qu’une nouvelle page s’est ouverte avec l’Arabie saoudite et que les relations bilatérales sont redevenues normales, compte tenu du discours que le roi a tenu devant lui, selon les explications qu’il a fournies à son entourage.

Michel Aoun et la délégation qui l’accompagne ont été chaleureusement accueillis au palais royal où une réunion élargie s’est tenue en présence, côté libanais, des ministres Gebran Bassil, Marwan Hamadé, Ali Hassan Khalil, Yaacoub Sarraf, Nouhad Machnouk, Pierre Raffoul, Melhem Riachi, Raëd Khoury et l’ancien ministre Élias Bou Saab, et, côté saoudien, de l’émir de la province de Riyad, Fayçal ben Bandar ben Abdel Aziz, du conseiller du roi, le ministre Mansour ben Motaab ben Abdel Aziz, ainsi que des ministres Motaab ben Abdallah ben Abdel Aziz (Défense), Moussaed ben Mohammad al-Aybane, Adel ben Zeid al-Tarifi (Information), Adel ben Ahmad al-Jubeir (Affaires étrangères), Mohammad ben Abdallah al-Jadaane (Finances) et Thamer ben Sabhane al-Sabhane (Affaires du Golfe).

La réunion élargie a été suivie d’un tête-à-tête d’une demi-heure entre le président Aoun et le roi Salmane. Les discussions se sont poursuivies au déjeuner que le souverain a donné en l’honneur de ses hôtes. Salmane ben Abdel Aziz a souligné sa « confiance » dans le président Aoun, se disant persuadé qu’il « conduira le Liban à bon port » et assurant que l’Arabie « souhaite préserver les relations historiques avec le pays du Cèdre ».

« Pas d’interventions étrangères »

Il a aussi assuré que Riyad « ne se mêle pas des affaires intérieures libanaises et laisse les Libanais décider de leur propre sort », avant d’insister sur le fait que le Liban doit rester « un symbole de coexistence, ce principe étant le facteur fondamental de sa stabilité ». À son tour, le général Aoun a promis que les relations bilatérales « historiques se poursuivront », avant d’exposer les efforts fournis au niveau local pour consolider l’entente nationale et la stabilité politique.

Pas un mot cependant sur la Syrie, sachant que la situation régionale a été passée en revue par les deux dirigeants. De retour à son lieu de résidence, le chef de l’État a reçu dans l’après-midi la visite du ministre saoudien des Affaires étrangères, pour un entretien qui s’est déroulé en présence de MM. Gebran Bassil et Pierre Raffoul, ainsi que de l’ambassadeur du Liban à Riyad, Abdel Sattar Issa. À l’ordre du jour, les dossiers évoqués durant la réunion élargie.

Gebran Bassil et Adel al-Jubeir devaient ensuite tenir une réunion au terme de laquelle ils ont fait part, au cours d’une conférence de presse conjointe, de leur volonté de consolider les relations bilatérales. Prié de confirmer la normalisation des relations bilatérales, Adel al-Jubeir a répondu : « Les rapports d’amitié sont toujours maintenus et nous cherchons à améliorer les échanges commerciaux et à intensifier les consultations politiques. Nous pensons que le Liban a dépassé une période difficile lorsqu’il s’est doté d’un président et d’un gouvernement. Nous œuvrons pour qu’il soit indépendant, sans interventions étrangères dans ses affaires, et pour que son unité, sa sécurité et sa stabilité intéressent l’ensemble des Libanais et des Arabes ». M. Bassil a affirmé avoir invité son homologue au Liban.

Pendant ce temps, le ministre de l’Économie, Raëd Khoury, annonçait après un entretien avec son homologue saoudien, Majed ben Abdallah el-Kasbi, la mise en place d’une commission libano-saoudienne pour suivre les dossiers intéressant les deux pays avant de faire état d’une volonté des deux secteurs « public et privé en Arabie d’opérer un retour au Liban ».